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Mémé Fernande a toujours de la ressource. Tenez-vous le pour dit !

Quand il s'est agi de trouver une anecdote en rapport avec les coquillages, le souvenir de la vicomtesse russe a donc ressurgi immédiatement et sans efforts.

Mais quel rapport entre Toulon, les coquillages et une aristocrate russe sur le retour ? Ça vous laisse songeurs, n'est-ce-pas ?

Mais voyons ! Avec mémé Fernande, tout prend sens.

En l'occurence, ainsi qu'elle nous le raconte dans le podcast, elle a connu dans sa jeunesse, cette femme, exilée après la Révolution de 1917 et réfugiée dans le quartier populaire de la Barantine. Changement de décor et de train de vie oblige, celle-ci n'avait plus de domestiques et des casseroles à récurer. Véritable aristocrate, cocotte esseulée ou mythomane, va savoir, toujours est-il que c'est alors que mémé Fernande entre en scène, vivant son conte de fées toulonnais.

Elle noua son tablier et rentra par la porte de service.

Sa mère lui avait dit : ruinée peut-être, mais vicomtesse encore et toujours.

Elle écouta les ordres étranges de la patronne, se retint de lui dire que frotter les cuivres avec du sable les rayerait à coup sûr.

Sa mère lui avait dit : ruinée peut-être, mais vicomtesse russe encore et toujours.

Elle se dit que les moeurs étaient décidément bien différentes d'un pays à l'autre.

Elle observa discrètement le samovar posé sur un châle brodé rouge au milieu du salon pauvrement meublé.

Elle frotta les cadres en argent ciselé et regarda les personnes sur les photos.

Sa mère lui avait dit : ruinée peut-être, mais vicomtesse qui a connu le tsar, encore et toujours.

Elle rentra chez elle et raconta ce qu'elle avait vu.

Les jours passèrent.

Fernande frotta les casseroles avec du sable.

Les casseroles se rayèrent.

Fernande prit peur.

La vicomtesse allait l'accuser et la renvoyer sans la payer.

Que faire ?

Prenant son courage à deux mains, Fernande demanda son salaire.

La dame se leva et lui indiqua une cabane au fond du jardin.

De son accent trainant, elle lui expliqua qu'elle pouvait choisir des objets parmi les 

 "vieilleries, qu'elle avait trimballées avec elle et qu'elle ne souhaitait plus voir, tant elles lui rappelaient de mauvais souvenirs". 

Fernande n'eut pas peur, et y alla.

Elle farfouilla, surveillant du coin de l'oeil, la patronne, là-bas, sur le seuil des marches. On ne savait jamais avec ces russes.

C'est alors qu'elle trouva une paire de lampes en coquillage sculptés. On y voyait des scènes mythologiques, Vénus sortant des eaux et l'enlèvement d'Europe.

C'était beau.

Elle revint vers la maison, timide.

La vicomtesse la regarda fixement.

"Tu as bon goût pour une fille qui récure les casseroles".

Fernande sourit.

Depuis, les deux lampes trônent dans une chambre et le souvenir du samovar  ressurgit la nuit, lorsque Vénus et Europe batifolent. 

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Mémé Fernande

et les lampes coquillages

de la vicomtesse russe.